Archives de catégorie : Environnement

L’histoire est plurielle

L’histoire s’écrit, se raconte, se construit et se transmet dans une diversité de formes et de collaborations particulièrement fécondes dans les Vosges saônoises, en ce moment.

On rappellera ici le séminaire du programme de recherche Bornes royales et héritages culturels et environnementaux dans la forêt des Vosges saônoises, une enquête collective appelée VOSEGO, réunissant des universitaires de Besançon et des amateurs adhérents à la Shaarl, à l’ARESAC (Association de recherche et d’étude des sites archéologiques comtois) ; trois journées de conférences et d’échanges se sont déroulées à Melisey (voir aussi les rapports annuels 2021, 2022 et 2023). Aujourd’hui, on peut suivre (sur les limites communales de Fresse, Servance et forêt du Revers-aux-Chiens, par exemple) un sentier mettant en valeur diverses bornes du XVIIIe siècle, vestiges débroussaillés de l’oubli, qui transmettent à leur façon, au travers de la promenade, une histoire de la forêt et de la frontière.

Au musée de la Montagne, à Château-Lambert, c’est une grande et belle exposition qui nous accueille tout l’été : Traverser. Des Mille Étangs aux rives du Mississippi. On connaissait depuis longtemps, par l’œuvre notamment de Jean-Christophe Demard, l’aventure de nombreux Chanitois vers le Mexique, beaucoup moins celle de milliers de Comtois vers les États-Unis ou le Canada. Aurélie Dumain, ethnologue aux musées du département, a su associer à nouveau de nombreux amateurs et associations pour écrire collectivement cette histoire d’individus, de familles, de villages, histoire de nos « humeurs vagabondes », de nos allées et venues.

Tourisme avant 1914
(cyclistes au mont de Fourche – photo Charles Cardot, CRP Lure)

A Écromagny se réunissaient dernièrement (juin 2025) la mission universitaire « Valorisation des 1000 étangs » et de nombreux élus et acteurs institutionnels (président de l’assemblée départementale, communauté de communes, mairies, écoles, collèges, tourisme…) qui s’inscrivent pour beaucoup dans une démarche de labellisation des Mille Etangs (patrimoine Unesco) et de promotion d’un territoire. Ici encore, il s’agit de projets pédagogiques, de livres, d’exposés qui s’appuient sur l’histoire, la géographie, la géologie…

Collectivités locales, universités, musées, associations d’amateurs, simples habitants sont reliés à des univers différents mais que l’histoire, avec d’autres sciences, peut rassembler, pas forcément dans l’unanimité mais dans le dialogue. Oui, nous avons besoin d’une histoire plurielle et populaire, riche de réflexions et d’échanges, pour impulser de l’optimisme. Terminons avec la belle formule de l’ethnologue Charles Stépanoff, à propos de la nostalgie qui peut aussi guetter l’histoire locale : « La nostalgie n’est pas seulement le constat d’une disparition sans retour, elle ouvre l’imaginaire au-delà d’un présent rétréci pour impulser une force de réinvention. »

Photo de l'en-tête :
Les Mille Etangs avant 1914, Charles Cardot, CRP Lure

Lumière sur le Lidar

LIDAR (LIght Detection And Ranging ) :
= Détection et télémétrie de la lumière

(cliquer sur la petite image)
Pascal D., membre de la Shaarl et forestier dans son métier, nous a entretenus (réunion du lundi 3 février, voir TU n° 162) de l’utilisation des techniques de télédétection et notamment du LIDAR pour mieux connaître et gérer la forêt française. Cette méthode, qui détecte par exemple nos excès de vitesse sur la route, permet la réalisation de cartes topographiques particulièrement utiles et parlantes à tous les « archéologues de surface », nombreux parmi nos adhérents. Pierre L., que nous remercions également, réagit après lecture du Trait d’union n° 162 et nous indique un lien donnant accès à une couverture Lidar de l’ensemble du territoire national : des images qui donnent idée de cet outillage qu’utilisent également les chercheurs de l’équipe VOSEGO (enquête collective sur les paysages passés et contemporains des Vosges saônoises, mêlant universitaires et amateurs, de la Shaarl notamment ).

Liens (rouge et vert) pour mieux connaître cet étonnant « radar » LIDAR :

Cartographie nationale par Lidar

Utilisation Lidar chez les forestiers (article IGN)

L’enquête collective VOSEGO

 Rapports : Vosego 2021 / Vosego 2022 / Vosego 2023

Sortie SHAARL sur les Mille Etangs

Lundi 29 mai 2023. Jean-Marie Chanson a guidé et commenté passionnément une balade sur le plateau des Mille Étangs qui nous a fait observer, jusqu’à de très petits détails dans le paysage, les traces des dernières glaciations. Profonde collusion entre le temps et l’espace et occasion, peut-être, de remettre en cause cette souveraineté que l’histoire a longtemps exercée sur les sciences de la Terre, géographie et géologie notamment. Fernand Braudel, qui a consacré son grand livre à l’espace de la Méditerranée sous Philippe II (1527-1598) et mis à l’honneur le terme de géohistoire, déclarait, dans une conférence de 1955 intitulée L’impérialisme de l’histoire : « Chaque fois que le temps disloque, transforme un paysage, nous avons l’occasion d’apercevoir certaines textures et certaines architectures, certaines complexités du monde social. » Ainsi le surgissement d’eaux profondes à la ligne de fracture d’un horst et la naissance, dès l’Antiquité, de l’économie thermale à Luxeuil-les-Bains ; à Bois-Derrière (Franchevelle), c’est une ligne de piquets que nous suivons des yeux, une clôture qui souligne exactement le renflement de la moraine, une connivence paysagère de la pâture, de la marqueterie culturale avec l’avant-dernier grand âge glaciaire…

Nos profs de collèges et lycées étaient profs d’histoire-géo, et l’on ne s’interrogeait guère sur le raccourci et la position seconde de GEO, sur cette Pangée maintes fois évoquée dans la journée. De fait l’historien a souvent porté en arrière-plan le cadre naturel (décrit dans l’introduction des grandes thèses régionales), séparé l’humain de la nature dont l’homme moderne, à la suite de Descartes, « s’est rendu comme maître et possesseur ». Si le géographe et le géologue arpentent les pagi (pays), marteau et carte de l’état-major en main, l’historien est plus enclin à noircir la page, à privilégier souvent le général sur le local, à oublier même les lieux, le détail encombrant, la topographie, la nature des sous-sols, les patois locaux… Tenir ensemble l’histoire, la géographie, la géologie, redonner sens au trait d’union dans la matière histoire-géo, c’est la gageure. Mais l’anthropocène, l’écologie, l’histoire environnementale, le « paysage-histoire », le climat sont revenus en force dans l’actualité, et la sortie-géologie d’antan a été, ce lundi de ‘pentes et côtes‘ 2023, plus instructive que jamais.

…et voir ICI toutes les photos de Bernard.
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On peut se procurer auprès de la SHAARL le rapport de 2022 (90 pages) : Bornes royales et héritages culturels et environnementaux dans les forêts des Vosges saônoises (Haut-du-Them – Château-Lambert, Servance – Miellin et Ternuay-Melay-et-Saint-Hilaire). Programme soutenu par la MSHE C.N. Ledoux, qui met en relation des bénévoles avec les chercheurs.
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En ligne, le dernier numéro de la Revue géographique de l’Est est consacré à : Les Mille Étangs : territoire, ruralité et patrimoines et on lira justement, de Dominique Harmand, Le plateau des Mille Etangs : un fjell de basse altitude.

Vous souhaitez mieux connaître des activités en rapport avec l’histoire, l’archéologie, les patrimoines de votre région ? Alors venez à la SHAARL, présente au 1er salon du livre, à Lure, les samedi et dimanche 3 et 4 juin 2023 ; son assemblée générale se tiendra également samedi 10 juin, à 16 heures, au local (Centre Jeanne Schlotterer – 17 esplanade Charles de Gaulle. Lure). Et encore, dans le dernier bulletin, qui vient de paraître, la chronique passionnante d’un prospecteur archéologique, qui découvre l’histoire en se promenant et en regardant.

L’eau et le patrimoine

(photo de l’en-tête : moulin Millet, La Lanterne-et-Les Armonts, 1986.
Liens hypertextes en vert)

Que l’on s’occupe de l’eau, de sa qualité, de sa distribution équitable, voilà une bonne chose ; en France, la gestion de l’eau est confiée à six agences de bassins hydrographiques, notre arrondissement dépend de l’agence Rhône-Méditerranée-Corse. La Communauté de communes des Mille Étangs vient justement de signer un contrat avec l’Agence de l’eau (voir L’Est Républicain du 26 décembre 2021), qui doit intéresser le citoyen et l’usager de l’eau, tant les échelons administratifs de sa gestion, qui engagent une multitude d’acteurs,  apparaissent complexes et parfois même déconcertants. Rappelons que le Comité de bassin (quelque 170 membres) élabore le Schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau (SDAGE), qui se décline localement jusqu’à la plus petite association de pêche, en passant par toutes sortes de dispositifs intermédiaires, comme l’Établissement public territorial de bassin Saône et Doubs, la compétence « Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations » (GEMAPI) dévolue aux nouvelles communautés de communes, la Commission locale de l’eau, la Fédération départementale de la pêche, les associations de protection de la nature (comme le Conservatoire d’espaces naturels), le réseau européen Natura 2000, le programme de financement LIFE… C’est au nom de la loi sur l’eau et les milieux aquatiques (lema 2006), déclinaison française d’une directive européenne remontant à l’année 2000 – et que nous connaissons surtout par l’application du concept de « continuité écologique » -, que la Haute-Saône a commencé de voir la destruction de petits seuils de rivière (voir sur le ruisseau de Mansvillers, à Melisey), de retenues (difficile démolition du barrage du Creusot, sur le Raddon, à Fresse), de moulins (réaffectation du moulin Saguin, à Amage, et destruction de la digue). Ces interventions eussent sans doute été différentes aujourd’hui, depuis que le Conseil d’État a censuré la doctrine de la Direction de l’eau et de la biodiversité et caractérisé tous les excès commis au nom de la « continuité écologique » ; depuis que le Parlement a voté l’été dernier (loi du 22 août 2021) l’article 49 de la loi climat, qui interdit la destruction des moulins à eau.

Pour les interventions effectuées localement au nom de la continuité écologique, on se reportera aux images et à l’article Le dépaysement (shaarl, 2018). Voir également le rapport de l'enquête publique concernant la réhabilitation du moulin d'Esfoz, ainsi que la video réalisée par Fédération Française des Associations de sauvegarde des Moulins(dont la création remonte 1977).

Bonne nouvelle : L’Est Républicain nous informait tout récemment (13 nov. 2021) que le moulin d’Esfoz, à Corravillers, reprenait vie. La SHAARL avait participé à l’enquête publique de 2018, l’importante mobilisation collective autour du moulin avait pu venir à bout des obstacles.

Le moulin d’Esfoz (Corravillers, 1987)

Cette aventure avec les moulins comme avec beaucoup d’autres patrimoines offre sa leçon à l’heure où la situation sanitaire mine quantité d’associations qui perdent de nombreux adhérents, tout particulièrement dans les domaines de la culture. Restons fidèles à nos sociétés d’histoire pour mieux voir demain… et que vivent nos moulins.