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Toponymie cachée : une enquête à conduire ensemble

Traces et patrimoines multiples sont diversement tenaces et durables, un incendie, un oubli dans le grenier, des lenteurs successorales, l’incuriosité, et la disparition s’installe, définitivement. Je ne fais ici que rappeler une évidence : l’histoire s’écrit, se raconte, se réfléchit dans le sillage de la trace, et les vestiges sont bien cachés, et les empreintes s’effacent, d’autant plus facilement qu’elles sont immatérielles. Il en va ainsi de nos parlers, de nos paroles qui ont servi à marquer l’espace habité, à dire les lieux : on coupait du bois à la Fouillie des Loups ou au Plain de Briscot, on allait conduire les bœufs à la Corne la Mielle ; le cadastre nous a laissé une figuration écrite et dessinée – mais aussi incomplète – de cette foisonnante géographie orale. Le nom donne figure et âme à l’espace, qu’on le perde et l’on revient à un non-lieu, à une sorte de vide, d’espace géométrique, et l’on ne traverse plus notre département 70 que par la 19, on habite les parcelle 1, 2 et 3 de la section A3… Les noms changent, s’ajoutent, se bousculent, se brouillent, s’éliminent (à Melisey, un Chemin du Chêne vert a perdu mémoire de la Chènevière, la bonne terre du chanvre) ; j’ai traversé cet été un endroit de l’Yonne appelé Perceneige, nom d’une commune nouvelle, qui a effacé Grange-le-Bocage, Plessis-du-Mée, Vertilly… On comprend très vite l’intérêt d’inventorier une toponymie fragile et cachée, en voie de disparition… Jean-Pierre Chambon, qui nous offre régulièrement des articles sur la toponymie instruisant l’histoire des lieux, vient de réunir quelques premiers témoignages et nous suggère une enquête collective sur ce patrimoine toponymique, que nous encourageons vivement. – D. C.

La Bouteille d’Évian et les Quatre Pylônes :
une enquête sur la toponymie inofficielle ?

À côté des noms de lieux officiels — enregistrés par les cadastres, les documents administratifs, les cartes, les atlas et les plans, ou qui se lisent sur les panneaux routiers et les plaques des rues —, il existe une toponymie inofficielle, non écrite, relevant de l’usage familier et vivant d’une vie semi-clandestine.

Quelques exemples de microtoponymes innofficiels

À Chagey et à Luze, Jean Hennequin a relevé la Boîte de Conserve, la Bouteille d’Évian, le Capot, la Tranchée du Mouchoir et d’autres microtoponymes créés par les chasseurs afin de se repérer dans les bois[1].
À Recologne (commune de Ronchamp), la Charrère, la Planchette, les Quatre Pylônes, Sous les Vernes n’ont d’existence qu’officieuse.
Claude Canard signale que les gens de Chenebier « ont coutume de désigner une voie communale Chemin des forçats, en fait plus précisément des Forçarts après renseignement » ; il ajoute que « ce toponyme [est] exclusivement employé oralement ».

Les noms de commune aussi

Ces usages toponymiques officieux concernent aussi, parfois, les noms des communes. À Ronchamp, on dit Le Magny, et non Magny-Danigon. Alain Guillaume et Paulette Nardin nous ont indiqué que Jobert pour Magny-Jobert était d’usage courant chez des personnes qui auraient aujourd’hui environ cent-vingt ans[2]. À Mélisey, nous avons entendu récemment la prononciation Melisey.

Pourquoi pas une enquête sur ce « petit patrimoine » toponymique ?

Afin de multiplier et de systématiser, commune par commune, de telles observations, il serait intéressant, me semble-t-il, que les adhérents de la SHAARL mettent par écrit et veuillent bien adresser à la SHAARL ce qu’ils savent de cette toponymie cachée, laquelle, étant confinée — risquons le mot — à l’oralité, ne laissera sinon aucune trace. – J.-P. C.

Pratiquement : Envoyer à la SHAARL, sur la messagerie shaarl@wanadoo.fr , un fichier texte (ou par voie postale :  Centre Jeanne Schlotterer – 17 esplanade Charles de Gaulle – 70200 Lure) qui portera en titre : ToponymieCOMMUNE_nom
(ex. :
ToponymieMELISEY_DCurtit).

[1] Voir Jean-Pierre Chambon / Jean Hennequin, « Autour de trois microtoponymes de Chagey (Haute-Saône) : Pierreville, les Ravales, le Coutau de Bouché », article soumis à la Nouvelle Revue d’onomastique.
[2] Voir le Bulletin de la SHAARL 38 (2019), p. 124-126, et à paraître (2021).

Vœux 2021

La SHAARL souhaite à tous ses adhérents et sympathisants la meilleure année possible pour 2021. Puissions-nous toujours trouver dans nos échanges, nos rencontres – même modifiées – et aussi dans nos recherches et contributions si diverses à l’histoire et à la vie de nos cités un même bonheur partagé.

[Image de l’en-tête : Les pivoines, devant le volet qui cache et protège ce qui est dans l’ombre, ont le nom d’Apollon (paiôn), le guérisseur, le secourable – à cause des propriétés médicinales des racines. Le dieu, qui peut apporter la peste avec son arc, accompagne aussi les Muses, filles de la mémoire, et devient dieu des arts et de la lumière.
Vœux 2021 apolliniens pour réfléchir aux dissonances de notre époque et peut-être au « déconfinement » de nos pratiques, de nos routines, à l’instar de ces professeurs d’histoire-géographie qui ont perdu subitement leurs classes et ont imaginé le projet « Ruptures » (voir liens sur notre site), un très bel exemple d’histoire publique.
« Car si l’histoire est la science de quelque chose, nous dit l’historien Patrick Boucheron, c’est bien de la capacité des femmes et des hommes à en changer le cours, même lorsqu’ils se sentent ballottés par ses courants adverses. »]

Décès de Simone Schneider

Nous apprenons avec une très grande tristesse le décès de Simone Schneider survenu le 7 décembre 2020 à Nancy. Sa maison devenue trop grande, elle avait quitté Lure il y a peu d’années, mais restait par le cœur attachée à sa ville. La plus grande partie de sa carrière s’est effectuée au lycée Georges Colomb, beaucoup d’élèves se souviennent de leur professeur d’anglais, qui s’imposait dans la rigueur, le travail et la douceur. Simone très tôt fut active dans les milieux associatifs et, dès les années 1980, adhéra à la SHAARL où elle pouvait exercer sa passion pour l’archéologie. On la retrouve sur pratiquement tous les chantiers de l’époque, comme aux fouilles réalisées à l’église de Melisey (1989-1990).

Simone aimait la transmission, elle anima de nombreux ateliers dans les Fêtes de la Science, s’inquiéta la première de la mise en ordre de notre bibliothèque, riche aujourd’hui de plusieurs milliers de volumes et d’un inventaire régulier. La qualité et la variété des contributions dans le bulletin vont aussi augmenter grâce à elle ; elle ne quittera jamais le comité de lecture et se fera aussi l’historienne des établissements scolaires de Lure et de son lycée tout particulièrement.
Sa présence, sa bienveillance toujours discrète manquaient déjà aux dernières Bouquimania et c’est à l’exposition Bois, en 2017, qu’elle quitta Lure mais pas tout à fait la SHAARL, dont elle guettait fidèlement les échos. En sourdine comme elle aimait jouer, Simone habite toujours Lure et notre société d’histoire et d’archéologie. La SHAARL a aussi une pensée particulière pour Hugues, son mari décédé beaucoup plus tôt, et pour ses enfants et petits-enfants.

Rencontres transvosgiennes 2020

Les rencontres 2020  qui devaient avoir lieu en octobre,  à Soultzbach-les-Bains (Haut-Rhin), sur le thème de l’eau, ont été annulées, mais le numéro 10 de la revue RT, qui comprend les actes de la 29e journée d’études qui s’était déroulée l’an passé à Corbenay et Saint-Loup-sur-Semouse (19 octobre 2019) vient de paraître .