24 septembre 2018

Journées du patrimoine 2018…

La SHAARL apporte sa pierre aux journées du patrimoine qui voient la prison de Lure désaffectée devenir un lieu de mémoire… (voir L’Est Républicain de ce jour) Très belle exposition de photographies proposée par le Centre de Ressources – Photographie (CRP) qui a pu arpenter le lieu pénitentiaire entre le départ des condamnés et la démolition de l’établissement.

Voir également le PROGRAMME de ces journées en Haute-Saône, à Champlitte, Château-Lambert, Ray-sur-Saône et aux Archives du département

Des Canadiens sur les traces de leurs ancêtres…

Une pierre nous parle avec une intensité que nul ne peut imaginer
Christian BOBIN, Noireclaire, Gallimard, 2015

La Shaarl a activement participé à la visite de la famille Bagnell sur les traces de leurs ancêtres (Barbara Bagnell, son fils Paul, son épouse Diana et leur fils Mark) et nous avons pu constater, lors des deux demi-journées du 18 et 19 août 2018, un bel exemple de ce que des passionnés peuvent accomplir.

Il y a quelque temps, la famille Bagnell, des Canadiens de Toronto, ont fait des recherches généalogiques et ont contacté l’Office de Tourisme du Pays de Montbéliard pour les aider à visiter les lieux des origines de leurs ancêtres. Leur demande a permis de rassembler une multitude de personnes d’horizons différents, de cultures éloignées, de sensibilités et d’intérêts diversifiés. Ce merveilleux tissage hétéroclite a dévoilé quantité de richesses, de savoir, de patrimoine que nous aurions pu penser endormis. Vieux papiers, vieilles archives rangées au fonds des tiroirs, souvenirs ensevelis, lieux de mémoire, temples et monuments funéraires ont prouvé leur valeur.

A l’origine de cette belle aventure, Evelyne Boilaux, guide conférencière, était chargée de réaliser un travail de recherches afin de guider la famille Bagnell. Elle a fait appel à différents acteurs pour organiser l’accueil de ces touristes particuliers. Un bon nombre d’associations ont été intéressées par l’idée de présenter leur patrimoine et d’accueillir ces descendants d’Abraham Robert et de Catherine Lods, originaires des villages d’Héricourt, Brevilliers, Tavey, Saint-Valbert, Couthenans, Chagey, Trémoins. Le Cercle d’entraide généalogique de Franche-Comté, les Archives de Montbéliard, l’association Histoire et Patrimoine d’Héricourt, les paroisses protestantes du Mont-Vaudois, des municipalités, des particuliers se sont investis… et la Shaarl a été un contributeur des plus actifs.  Jean Hennequin et Alain Guillaume se sont impliqués avec ferveur en apportant leurs connaissances des données généalogiques et historiques (et l’anglais de Jean s’est révélé aussi très utile). Ils ont établi le circuit des lieux à visiter et ont recherché des  détails précis de généalogie. Ils ont brillamment secondé Evelyne concernant l’historique des villages, des temples, des cimetières, ainsi que dans l’exposé d’événements passés inconnus de la plupart. La maquette réalisée par Pierre Tison a servi à la présentation d’Héricourt et a été un excellent support. Claude Canard est intervenu aussi à Chagey et a présenté rigoureusement les faits de manière théâtrale. Cette parenthèse bien argumentée de l’histoire de la localité a été très appréciée par les Canadiens.

Le cimetière de Chagey a été un lieu très remarqué pour l’importance considérable du travail de la Shaarl. La sauvegarde des stèles anciennes a suscité une admiration indicible. Nous sommes quelques-uns à nous mobiliser pour faire comprendre qu’il s’agit d’un patrimoine inestimable. Il existe aujourd’hui un créneau nouveau et quelques Offices de Tourisme l’ont déjà bien intégré : c’est le Tourisme de Racines. Il est très important de faire prendre conscience que l’art funéraire est un atout dans la valorisation de nos villages. J’avoue que j’éprouve une certaine fierté d’avoir adhéré à la Shaarl, association d’Histoire qui a été « précurseur », visionnaire par ce travail de sauvegarde. L’histoire existe dans les livres, dans les écrits mais nous avons pu constater -sans faire preuve de sensiblerie- que le terrain, la pierre redonnent vie au passé. Jean et Alain, ainsi que Claude, imprégnés et passionnés d’histoire locale, ont représenté remarquablement la Shaarl. Ils ont présenté les lieux, ils ont expliqué le pourquoi de l’émigration en 1752 et démontré le rôle utile ou plutôt « indispensable » de notre association et de tous ceux qui la font vivre.

Michelle Marchal

Le dépaysement (II)

On dirait qu’on mène toujours même bruit dessus rivières ou étangs, durant ces jours d’été brûlants ; voici trois échos presque simultanés du monde médiatique (et culturel) qui invitent à reprendre la balade de dépaysement le long du ruisseau de Mansvillers (Melisey, Belonchamp, Ternuay… en remontant le cours du ruisseau).

L’historien Patrick Boucheron revient sur l’écriture de l’histoire : Écrire l’histoire, dit-il, c’est donner à comprendre la manière dont un peu de temps se plie dans l’espace (…) j’essaie de rendre sensible des récits d’espaces. Ce n’est pas se mettre devant un monument et l’expliquer, ce n’est pas une forme raffinée de tourisme... (France Culture, 13 juillet 2018).
Dans les Controverses du journal Le Monde, au festival d’Avignon (Le Monde, 21-22 juillet 2018), le sociologue Bruno Latour explique : Ce n’est pas l’espace qui définit un territoire, mais les attachements, les conditions de vie. Et j’ajouterais que vous avez un territoire si vous pouvez le visualiser et, bien sûr, que vous tentez de le faire prospérer
Enfin la dernière mise en ligne de la revue Géocarrefour (n° 92/1-2018, l’une des plus anciennes revues françaises de géographie, fondée en 1926) montre un sommaire entièrement consacré à la drôle de question : Si nous imaginons le devenir des cours d’eau… ? L’imagination : une (res-)source bienfaitrice pour la gestion de l’eau ou une traversée trop idéalisée ?  Le numéro est notamment dirigé par J.-A. Perrin qui a soutenu, à Limoges, le 29 mars dernier, une thèse de géographie sur le sujet : Gouverner les cours d’eau par un concept : Etude critique de la continuité écologique des cours d’eau et de ses traductions…

Entre rêve et concept, j’ajoute seulement une troisième petite promenade en images le long du Mansvillers quelque peu bouleversé, à l’automne 2017, par des travaux de restauration visant la continuité écologique : Le chantier du ruisseau de Mansvillers à Belonchamp est sur ce plan exemplaire. Quatre seuils artificiels ont été arasés et le ruisseau a retrouvé sa dynamique (Assemblée générale de la Fédération départementale de pêche, à Athesans, le 22 avril 2018 / voir L’Est Républicain, 25 avril 2018).

Promenade juillet 2018

Les photos sont prises dans le débit d’étiage du dimanche 22 juillet 2018 (un orage avec forte pluie nocturne avait quand même eu lieu, trois jours auparavant)… et l’on voit que la dynamique des ruisseaux et rivières doit aussi compter avec la canicule qui sévit en ce moment, et avec les arbres arrachés lors des dernières inondations de printemps qui obstruent toujours le cours d’eau… En remontant la rivière, d’anciens petits seuils (pour l’irrigation) sont toujours visibles, mais c’est sur le site (arasé) de l’ancien moulin des Prés Villery que les traces d’aménagement hydraulique sont intéressantes, avec ce qu’il reste par exemple d’un chenal creusé dans le grès… Les deux étangs de l’amont, en lien avec une petite pisciculture abandonnée depuis de nombreuses années, retournent aux bois dormant. On ne peut s’empêcher de penser à certaines archives du XIXe siècle, comme à ces rôles de répartition des curages de cours d’eau, opérations initiées majoritairement par les mairies au moins jusque dans les années 1880. Et les habitants d’arpenter les ruisseaux de leur commune, comme à Fresse, en septembre 1838 : plusieurs dizaines de pages manuscrites décrivent l’hydrographie de la commune, l’insuffisance des lits, l’encombrement des berges, plus de 20 petits cours d’eau sont nommés, identifiés…

Mais où sont aujourd’hui les ruisseaux de la Folleterre, des Jovy et du Clos-Bouillon, la goutte des Andyâ et celle de l’Étoit ? Un lieu sans nom vise l’espace anonyme, ces non-lieux si bien étudiés par Marc Augé ; rien que les noms contribuent déjà à transformer un espace en un lieu. Puisse le nom du Mansvillers, qui rappelait déjà un habitat disparu à la fin du Moyen Ȃge, qui mêlait ruisseau, étangs, pisculture, meunerie, irrigation, prés (le ruisseau s’appelait alors ruisseau des Prés Villery)… ne pas ne pas se perdre définitivement dans les sapinières et dans un embourbement généralisé que la dynamique des restaurations écologiques ne parviendrait plus à réenchanter…